Les 10 plaies d’Egypte
Les 10 plaies d’Egypte
Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours été à la fois fasciné et intrigué par ce passage de la Bible cité en Exode 7, 9 et 12 et qui traite des 10 plaies d’Egypte, autrement dit des 10 calamités voulues par Dieu et qui se sont abattues sur ce pays.
Cela a-t-il réellement eu lieu ? N’est-ce pas une légende, un conte destiné à faire peur, à susciter la crainte ? Peux t on y croire sans être qualifié de gros naïf, de crédule amateur d’histoires sensationnelles et infondées ?
Et si ces calamités avaient réellement eu lieu, ne pourrait-on pas, ne devrait-on pas en trouver trace soit dans des écrits anciens, très anciens, dans des fouilles archéologiques ou tout autre support ?
Un tel cataclysme aurait-il pu passer inaperçu au point de ne devenir qu’un conte historique relaté par la seule Bible ?
La seule Bible ? Et bien non, et nous allons voir que d’autres traditions, d’autres systèmes religieux soit en parlent ouvertement soit y font référence de manière implicite ou explicite.
Il y a un document égyptien qui présente des ressemblances extraordinaires avec le récit biblique des 10 plaies. Il a été rédigé par un scribe nommé Ipou-Our. Le papyrus s’intitule : les admonestations d’un sage égyptien. Il décrit une suite de calamité et le chaos qui en a suivi.
C’est un rapport très vivant de ce qui arriva à l’Égypte lorsque le pouvoir central s’effondra. Beaucoup pensent que c’est exactement ce qui se serait passé en raison des fléaux de l’exode.
Les similarités entre le papyrus d’Ipou-Our et le récit biblique sont intrigantes. Pour convaincre le pharaon, Dieu dit :
Exode 7 : 19
L’Eternel dit encore à Moïse : Ordonne à Aaron de prendre son bâton et d’étendre sa main en direction de tous les cours d’eau de l’Egypte : ses rivières, ses canaux, ses étangs et tous ses réservoirs, et leur eau se changera en sang, il y aura du sang dans tout le pays d’Egypte jusque dans les récipients de bois ou de pierre.
Ipou-Our
voici l’Egypte est tombée au versement de l’eau et celui qui a versé de l’eau sur le sol saisit le puissant dans la misère
Exode 7 : 20
Moïse et Aaron exécutèrent les ordres de l’Eternel. Aaron leva le bâton et frappa l’eau du Nil sous les yeux du pharaon et de ses hauts fonctionnaires, et toute l’eau du fleuve fut changée en sang
Ipou-Our
La rivière est du sang, si vous en buvez vous perdez votre humanité et avez soif d’eau
Exode 9 : 3
l’Eternel interviendra contre ton bétail qui est dans les champs, contre les chevaux, les ânes, les chameaux, le gros et le petit bétail ; il leur enverra une grave épidémie.
Exode 9 : 23
Moïse leva son bâton vers le ciel et l’Eternel déchaîna le tonnerre et la grêle, et la foudre s’abattit sur la terre.
Exode 9 : 31
Le lin et l’orge avaient été détruits, car l’orge était en épis et le lin en fleurs
Ipou-Our
Finie l’orge d’abondance, les vivres sont à court, les nobles ont faim et souffrent, ceux qui avaient un abri sont dans l’obscurité de la tempête
Exode 12 : 29
Au milieu de la nuit, l’Eternel frappa tous les fils aînés d’Egypte, depuis celui du pharaon, qui régnait sur le trône, jusqu’à celui du détenu qui se trouvait en prison, et aux premiers-nés des animaux.
Ipou-Our
Voici, les fléaux balaient la terre, le sang est partout sans pénurie de morts, celui qui enterre son frère dans le sol est partout, malheur à moi pour le chagrin de ce temps
Exode 12 : 30
De grands cris ont été poussés dans toute l’Egypte, car il n’y avait pas une maison où il n’y était pas mort.
Ipou-Our
Les pleurs sont dans tout le pays, mêlés de lamentations
Exode 12 : 35
Par ailleurs, les Israélites s’étaient conformés aux instructions de Moïse : ils avaient demandé aux Egyptiens des objets d’argent et d’or ainsi que des vêtements.
Ipou-Our
Les gens sont dépouillés de leurs vêtements. L’esclave prend ce qu’il trouve, de l’or, du lapis-lazuli, de l’argent et de la turquoise sont enfilés sur le cou des femmes esclaves
Exode 12 : 36
L’Eternel leur avait fait gagner la faveur des Egyptiens qui leur avaient donné ce qu’ils demandaient. C’est ainsi qu’ils dépouillèrent les Egyptiens.
Le papyrus d’Ipou-Our représente potentiellement une source extrabiblique des dix plaies d’Egypte. On peut difficilement demander mieux à l’archéologie et aux documents historiques.
L’autre point éloquent est que ce document a été initialement composé dans la seule période où le delta égyptien était dominé par un grand nombre de sémites.
Quant à un peuple nommé “Israël”, on en trouve la première mention sur une stèle érigée par le roi égyptien Mérenptah vers 1208 avant Jésus-Christ.
Le pharaon s’y vante d’avoir vaincu un certain nombre d’ennemis, dont “Israël”. En outre, Israël y est présenté comme un peuple et non comme une entité politique ; cela pourrait suggérer qu’il n’y avait pas encore à l’époque de royaume d’Israël, ce qui correspondrait par ailleurs aux données bibliques.
Mais il n’y a pas que ce papyrus, déjà fort éloquent : il y a aussi la tradition musulmane qui reprend le récit narratif de la Bible .
En Islam, les Dix Plaies d’Égypte sont abordées dans le Coran dans des passages relatant l’histoire du prophète Moussa (Moïse) et son affrontement avec Pharaon. Ces récits mettent en lumière les miracles de Dieu et la punition divine infligée à Pharaon pour son refus de libérer les Bani Israël (les Enfants d’Israël).
Le Coran ne mentionne pas toutes les plaies de manière exhaustive, mais il évoque des calamités similaires qui affligent l’Égypte, notamment :
Dans la sourate Al-A’raf (7:133), plusieurs plaies sont énumérées :
Le déluge : Inondations ou pluies excessives.
Les sauterelles : Détruisant les récoltes.
Les poux ou vermine : Infestant les terres.
Les grenouilles : Invasion massive causant des nuisances.
Le sang : L’eau transformée, rendant le Nil imbuvable.
Les ténèbres :Dans d’autres passages, comme sourate Yunus (10:90-92), il est fait référence à des conditions naturelles difficiles, souvent interprétées comme des ténèbres, bien que cela ne soit pas explicitement décrit comme une plaie.
La noyade de Pharaon :Le dernier acte de punition divine dans le récit coranique est la noyade de Pharaon et de son armée dans la mer Rouge, marquant la libération des Enfants d’Israël (7:136, 10:90-92).
Ces phénomènes sont décrits comme des signes divins envoyés pour punir Pharaon et ses partisans de leur incrédulité et de leur oppression.
Comparaison avec la Bible :
Contrairement à la Bible, qui décrit 10 plaies spécifiques dans un ordre précis, le Coran ne se concentre pas sur le nombre ou l’ordre des fléaux, mais plutôt sur leur effet cumulatif en tant qu’avertissements envoyés par Allah. Ces événements montrent le combat spirituel entre Moïse et Pharaon, et ils démontrent la justice divine.
Le point de vue islamique met en avant que ces événements ont été orchestrés directement par Allah pour démontrer Sa toute-puissance et tester Pharaon, qui reste un symbole d’arrogance face à la volonté divine. L’intervention divine dans ces fléaux est perçue comme une réponse adaptée et juste, montrant une synchronisation parfaite pour exécuter un plan divin, tout en soulignant l’importance des prophètes comme guides spirituels et avertisseurs.
La tradition islamique met surtout l’accent sur la dimension spirituelle et morale de ces récits plutôt que sur les mécanismes naturels ou scientifiques derrière ces phénomènes. Cependant, certains chercheurs musulmans modernes acceptent la possibilité que des processus naturels aient été employés par Dieu pour accomplir Ses desseins, soulignant que les miracles divins peuvent opérer à travers la nature.
Ces interprétations enrichissent la compréhension interreligieuse de ce récit et permettent de mettre en dialogue foi et science, comme l’illustrent les recherches sur l’éruption du volcan Théra et son potentiel rôle dans ces événements.
Le cataclysme de Santorin
Pour répondre à cette question, direction Santorin. Cette île grecque, donnant sur la mer Egée, connaît l’une des plus grandes catastrophes naturelles de son histoire vers 1600 av. J.-C.
Lorsque le volcan entre en éruption, c’est toute la côte méditerranéenne qui en subit les conséquences, notamment la civilisation minoenne.
De sérieuses théories scientifiques expliquent que cette civilisation, vivant sur l’île de Crète à l’Âge du bronze, de 2000 à 1500 av. J.-C., devrait en effet sa destruction à l’éruption du volcan, qui donna également lieu à des tsunamis d’une dizaine de mètres.
On peut donc aisément imaginer le caractère destructeur de cet événement, d’autant plus que l’indice d’explosivité volcanique de cette éruption est estimée entre 6 et 7 (sachant que l’échelle s’arrête généralement à 8).
Quel est le lien entre l’épisode biblique susmentionné et ce grand cataclysme ayant eu lieu à 800 km au nord-ouest du sol égyptien me demanderez-vous ?
C’est notamment Gilles Lericolais, un géologue français, Directeur des Affaires européennes et internationales à l’Ifremer, mais pas que lui, qui en dévoile la réponse : selon lui, le pays de Pharaon aurait été touché par les conséquences de cette éruption volcanique. Il n’y aurait rien de surprenant dans cela puisque l’on retrouve des traces de l’impact de cet événement jusqu’au Groenland (l’Egypte ne paraît pas si loin tout à coup).
Le fait que le réveil de Théra n’est pas visible de l’Egypte n’empêche ainsi en rien le royaume de Pharaon d’en subir les conséquences désastreuses…
Les dix plaies seraient alors une réaction en chaîne qui trouverait son origine dans l’éruption. Comme un effet de domino, en somme.
Quand la science intervient
Plusieurs théories ont vu le jour pour expliquer la première plaie, c’est-à-dire la transformation de l’eau du Nil en couleur rouge. Bien qu’assimiler cette eau à du sang ajoute une note dramatique au récit, il serait plus vraisemblable que cette couleur soit due au dioxyde de souffre dégagé par le volcan. Il aurait en effet engendré des pluies acides qui, au contact du sol riche en fer des Egyptiens, aurait donné cette couleur rougeâtre.
Toujours dans le cadre de l’éruption volcanique, qui entraîna un fort dérèglement climatique, une masse d’algues rouges apparue à la source du Nil serait également susceptible de donner cette couleur à l’eau du Nil.
Durée : Quelques jours à une semaine.
La deuxième plaie s’explique facilement à partir de la précédente. Une telle eau infectée est fatale pour la faune et la flore vivant dans le fleuve égyptien.
Contrairement aux poissons qui n’ont pas cette chance, les grenouilles quittent le Nil et rejoignent alors la terre ferme. Ainsi envahissent-elles le pays, comme l’annonce la seconde plaie.
Durée : Quelques jours.
En ce qui concerne la 3e et la 4e plaies, il est aisé de faire le lien entre l’eau du Nil et le cadavre de ses animaux morts d’une part et la venue des moustiques et de la vermine d’autre part.
Durée : Quelques semaines.
Ces moustiques, dont le climat humide égyptien a probablement contribué à leur reproduction en nombre, ont par la suite infecté le bétail et la population, engendrant la peste et l’apparition des pustules, soit les plaies 5 et 6.
Durée : Quelques semaines.
En ce qui concerne la 7e plaie, qui évoque la tempête de grêle détruisant les récoltes, il importe de revenir sur les conséquences directes de l’éruption du volcan. Parmi ces conséquences peut en effet être cité un dérèglement climatique important qui aurait engendré des tombées de grêles chargées de cendres, comme le rapporte Michael LANGLOIS, épigraphiste et maître de conférence à l’Université de Strasbourg dont la mission est de nous éclairer sur les savoirs en lien avec la Bible et l’histoire
Durée : Quelques jours.
Pour ce qui est de la plaie suivante, des sauterelles seraient venues d’Ethiopie et du Soudan, près de la mer Rouge autour de laquelle se trouve un regroupement important favorisé par les pluies diluviennes à la source de leur multiplication.
Durée : Quelques semaines.
La 9e plaie, bien que d’une toute autre nature que les précédentes, trouverait également son explication dans l’éruption du Santorin : pour rappel, d’épaisses ténèbres recouvrirent le ciel des Egyptiens durant trois jours. Le royaume fut ainsi plongé dans une grande obscurité, à tel point qu’ »on ne se voyait pas les uns les autres » (Exode 10:23).
Les déchets volcaniques recouvrant le ciel peuvent facilement expliquer son obscurcissement, si ce n’est une tempête de sable poussée par le dérèglement climatique du désert vers la terre égyptienne.
Durée : trois jours.
Enfin arrive-t-on à la dernière plaie qui, pour rappel, raconte la mort des premiers nés égyptiens. Il est à première vue difficile d’établir un lien direct entre l’éruption du volcan et le décès de ces enfants.
Notons cependant la coutume égyptienne de donner, lorsque les récoltes sont maigres, la plus grande portion de nourriture au premier né, soit l’enfant le plus robuste et le plus susceptible de survivre. Enfin, normalement.
Si les céréales sont contaminées par les nuages d’insectes et les champignons mortels développés par l’humidité, ou encore si de la moisissure infecte les greniers où les Egyptiens entreposèrent en toute hâte les récoltes sauvées, la pitance s’en trouve elle-même infectée. Ainsi les premiers nés se trouvent être les plus exposés à un décès par contamination des céréales.
Durée : Quasi instantanée
Synchronisation naturelle et divine
D’un point de vue théologique, nous savons que Dieu est omnipotent et omniscient, pourquoi ne pourrait il pas utiliser les forces de la nature comme instruments de sa volonté. Cela s’inscrit dans la tradition religieuse où des événements naturels servent un dessein spirituel.
Les explications scientifiques sur les effets climatiques et géologiques de l’éruption de Théra n’excluent pas la possibilité qu’une volonté divine ait dirigé leur timing et leur enchaînement.
L’idée que des phénomènes naturels soient synchronisés par une intervention divine reste une question de foi, car elle dépasse les outils et méthodes de la science. Les récits des Dix Plaies d’Égypte, qu’ils soient vus comme historiques, symboliques ou une combinaison des deux, continuent d’inspirer des débats fascinants entre théologie, histoire et science.
Ces événements marquent l’intervention divine pour libérer les Israélites de l’esclavage en Égypte. Elles sont chargées de significations symboliques et théologiques.
Voici un aperçu de ce que chaque plaie pourrait symboliser :
- L’eau changée en sang : Cette première plaie symbolise la transformation du Nil, source de vie de l’Égypte, en source de mort. Elle démontre la puissance de Dieu sur les ressources vitales de l’Égypte.
- L’invasion des grenouilles : Les grenouilles envahissant les espaces de vie égyptiens symbolisent une rupture de l’ordre naturel et la prolifération du chaos.
- Les poux : La plaie des poux, issus de la poussière de la terre, évoque la misère et l’impureté, touchant directement la peau des Égyptiens.
- Les mouches venimeuses : Les mouches symbolisent les pestes et les maladies, montrant que ni les riches ni les pauvres ne peuvent échapper aux jugements divins.
- La mort du bétail : La perte du bétail représente la destruction des moyens de subsistance et de la richesse matérielle des Égyptiens.
- Les ulcères : Les ulcères et furoncles rappellent la souffrance physique et l’incapacité des Égyptiens à trouver du répit ou du remède.
- La grêle : La grêle mêlée de feu symbolise la force destructrice de la nature sous le contrôle de Dieu, anéantissant les récoltes et la végétation.
- Les sauterelles : Les sauterelles représentent la dévastation totale des ressources alimentaires, plongeant l’Égypte dans la famine et le désespoir.
- Les ténèbres : Les trois jours de ténèbres symbolisent l’absence totale de lumière et d’espoir, un jugement contre le dieu soleil égyptien, Râ.
- La mort des premiers-nés : La dernière plaie, la mort des premiers-nés, symbolise le jugement ultime et irréversible, frappant au cœur même des familles égyptiennes.
Ces plaies démontrent la puissance suprême de Dieu et son désir de libérer les Hébreux de l’oppression. Elles sont autant de signes pour convaincre Pharaon et les Égyptiens de la nécessité de laisser partir le peuple de Dieu.
Cette interprétation des plaies d’Égypte peut également être vue comme une leçon sur la justice divine et les conséquences de l’oppression et de l’entêtement.
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