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Ombre et Lumière

Matthieu 27 – 31 à 34

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.

Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire),

ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.

Matthieu 16 – 24

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Matthieu 17 – 1 et 2

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.

Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Quelle différence entre ces trois textes ! C’est comme passer de l’ombre à la lumière !

Et c’est précisément ce à quoi est appelé chaque disciple du Christ.

Mais il y a un chemin en pente, unique, incontournable qui, à défaut d’être emprunté, ne nous mènera jamais vers les sommets enneigés où l’air pur le dispute à la clarté d’une luminosité sans égal.

Jésus l’a suivi jusqu’au bout nous entrainant dans son sillage pour que nous aussi devenions brillants comme des soleils.

Mais la différence de taille réside dans le fait que lui a gravi la pente pour nous, qu’il a subi le châtiment qui nous était réservé et, par sa mort et sa résurrection, nous ouvre les portes du Paradis.

Mais alors me direz-vous, nous n’avons rien à faire vu que tout a été accompli à la croix de Golgotha !

Mais c’est oublier ce commandement du Seigneur Lui-même :

 Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Alors que signifie prendre sa croix et le suivre ?

On y associe généralement l’idée, souvent douloureuse, de renoncer à ses envies, ses plaisirs. De lutter contre notre chair. La croix serait alors synonyme de cette souffrance et de cette tristesse qui nous marqueraient jusqu’à la mort.

Mais l’on se prend alors à lutter contre la chair, par… la chair.

Un combat, même acharné, par nos propres forces; qui reste bien souvent infructueux.

C’est là l’une des lectures, et notre engagement comme disciple de Jésus Christ suppose effectivement un renoncement à nous-mêmes.

Mais accepter l’idée d’un combat de la chair par notre volonté, nos efforts aussi méritoires soient-ils, est un combat perdu d’avance que seuls les religieux et ultrareligieux s’efforcent de mener dans la frustration, l’envie réprimée et, somme toute, l’amertume d’une vie sans espoir de victoire et sans espérance en un devenir conforme à la lumière de l’évangile.

Imaginer que Jésus contraint ses disciples à souffrir- lui qui a passé son temps à faire du bien – conduit à une fausse interprétation.

Poussée à l’extrême, cette manière de lire entraîne au dolorisme, cette croyance selon laquelle la souffrance aurait une quelconque utilité aux yeux de Dieu.

La souffrance n’est pas un but.

Non seulement Dieu n’exonère pas ses fidèles des réalités humaines, mais ceux-ci, parce qu’ils veulent vivre à la manière de Jésus, portent un peu de la souffrance des autres, et sont blessés par un monde encore dur et violent.

Mais il ne s’agit pas pour eux de souffrir pour souffrir.

La souffrance peut être une conséquence d’une vie de disciple mais n’est pas un but en soi.

Ainsi “porter sa croix” n’est certainement pas une injonction à mourir sur la croix comme Jésus, ou à endurer des souffrances, mais un encouragement à rester fidèle à la parole de Dieu, même s’il faut renoncer à soi par certains côtés, même si la foi peut mener à être incompris, maltraité.


Jésus ne dit pas : “Souffrez, alors vous serez mes disciples.” Avoir la foi, c’est renoncer à maîtriser seul son existence pour entrer dans la vie qui va au-delà de soi. Être disciple, c’est même s’engager dans l’amour des autres, au risque – comme Jésus – d’y laisser sa vie.

Le disciple, c’est celui qui fait passer sa foi au Christ avant son amour-propre.

Dans le même verset de l’Évangile de Matthieu (16 21-27), Jésus invite les disciples à le suivre, c’est-à-dire, à passer derrière lui, et non pas à tracer leur route selon leurs propres désirs mais selon l’appel de Dieu. Et ce n’est pas toujours un chemin tranquille : mettre ses pas dans ceux de Jésus, voilà qui est parfois “crucifiant”.

Mais en même temps, faire une “croix” sur ses petites perspectives personnelles pour inscrire son existence dans la foi est une promesse de vie, de surcroît de vie !

C’est ce que promet Jésus : “Qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera.”

Même si cela me dépasse, et nous dépasse, ce ne sont pas les situations les plus douloureuses qui sont pour l’être humain les plus difficiles à vivre. Le plus difficile pour vous et pour moi, est de décider chaque jour et même à chaque minute, de lâcher le gouvernail de notre vie et de le donner et de le redonner sans cesse à Jésus, le Christ qui habite en nous, pour qu’il nous conduise.

Souffrir, même et surtout si c’est injuste, est un grand défi, mais accepter de ne plus être maîtres chez nous, en est un plus grand encore. 

Et le Seigneur a marché sur cette route de renoncements, de soumission au Père, d’abnégation et d’obéissance totale par amour, un amour absolu, pur, sans faille.

Et si Jésus nous invitait ici à renoncer à nous-mêmes, à savoir notre nature humaine limitée, faible, décevante, incomplète…?

Si nous portons un regard honnête sur votre réalité humaine, il n’y a pas tellement de chose dont on puisse se prévaloir et qui nous valorise, dans le reflet de la Parole de Dieu et d’une perspective spirituelle.

Cela explique la lutte lourde et souvent frustrante de nous même contre tout cela.

Nous essayons fort d’y arriver, mais nous restons finalement focalisés sur ce dont vous voudrions nous débarrasser, et entraînons un cycle incessant de répétitions de ce que nous ne voulons pas.

Mais bonne nouvelle, vous pouvez renoncer à tout cela et à vos propres forces pour vous confier en Jésus et vous livrer à Sa puissance.

Et Si Jésus nous invitait à nous charger de notre croix, au sens de nous revêtir de l’œuvre de la Croix et de ses effets spirituels ? A embrasser, épouser, nous approprier cette œuvre de la Croix, à cette victoire définitive sur la mort, le péché, la maladie.

Christ s’étant fait péché, maladie, malédiction… étant mort pour nous, nous sommes nous aussi morts avec lui.

Nous sommes morts à la chair, à notre nature pécheresse, à nos mauvaises tendances, à la maladie, la malédiction.

Et si Jésus nous invitait à Le suivre, dans Sa résurrection ?

Revenant à une vie nouvelle, où nous sommes identifiés à Christ ressuscité et glorifié.

Puisque nous sommes ressuscités avec Lui, nous sommes désormais participants de Sa nature, de Sa gloire, faisant Un avec Lui.

Puisque nous sommes ressuscités avec Lui, nous pensons et nous affectionnons aux choses de l’Esprit, aux choses d’En-haut, et les attirons ainsi dans notre vie; remplaçant ainsi le cycle “infernal” de la chair, par un cycle “glorieux” de l’Esprit.

Ainsi, “Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, prenne sa croix, et me suive”, serait une invitation glorieuse de notre Seigneur et Sauveur, à expérimenter Sa grâce puissante et efficace, qui nous détache de notre réalité de “terrestre” pour nous amener à celle de “céleste”. 

Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde. Car nous sommes dans ce monde, mais plus de ce monde.

Alors, si nous avons compris ce message, si nous le faisons notre, si nous laissons le Christ prendre les rennes de notre vie, c’est-à-dire prendre nos croix pour nous en décharger sur Lui, nous lui ressemblerons au point de briller comme des soleils !

Et cette transfiguration est la résultante de notre encrage en Christ, un avant goût de notre destinée éternelle où tout sera glorieux, lumineux, éternel, où nous retrouverons tous ceux et celles qui nous y ont précédé – Jésus ne parle-t-il pas avec Moïse et Elie – pour un bonheur qui se poursuivra aux siècles des siècles, sans ombre, sans obstacles, dans la sérénité tranquille de ceux qui ne mourront jamais !

La transfiguration de Jésus est une invitation à le suivre mais aussi à nous redonner du courage, nous faisant comprendre, voir, toucher quelle a été la résultante de son sacrifice à la croix : nous ouvrir l’accès des cieux et, par l’alliance renouvelée en son sang, nous inviter à entrer dans notre destinée, à savoir vivre au cœur de Dieu.

Vous êtes appelés à vivre pour l’éternité au cœur du brasier de l’amour de Dieu mais maintenant laissez le feu de l’amour de Dieu prendre en vous.

Vous êtes appelés à vivre pour l’éternité dans le Royaume de Dieu où il n’y a qu’amour, mais essayez-vous de vivre maintenant l’amour pour Dieu et les autres ?

« Efforcez-vous »… Jésus sollicite notre décision libre et ferme.

 « Efforcez-vous », le temps presse, il ne faut pas remettre à plus tard. Plus tôt nous prenons le chemin de la conversion plus tôt nous sommes sur le chemin d’un bonheur profond et indestructible.

« Efforcez-vous », Jésus invite à porter la croix.

Le feu qu’Il est venu allumer sur notre terre est le feu de l’amour de Dieu qui éclaire la vie et lui donne du sens, le feu qui réchauffe le cœur, qui transfigure l’homme dans son cœur et dans ses comportements, le feu qui dynamise et ranime l’espérance… le feu que ressentaient les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous tandis qu’Il nous parlait en chemin ? ».

Ce feu, Il nous demande de le laisser prendre en nous au lieu de rester dans une douce et redoutable tiédeur. Laisser ce feu exigeant prendre en nous nécessite d’accepter la croix.

L’Evangile n’est pas de « l ‘eau de rose », il est un feu et son annonce dans un monde marqué par une culture de médiocrité, de violence et de mort, provoque des réactions différentes, d’accueil ou d’hostilité.

Les uns accueillent et les autres rejettent. Des divisions émergent.

Si nous nous laissons saisir par le feu de Dieu, nous sommes amenés à faire des choix qui déplaisent, dérangent et suscitent l’opposition. Nous sommes amenés à avoir un style de vie qui nous sépare des autres, voire de nos proches, c’est une situation difficile, inconfortable, que Jésus nous demande d’assumer.

La croix est là. Jésus par sa parole et son action s’est heurté à l’incompréhension de sa famille, des foules versatiles, des disciples qui ne comprenaient pas bien, à l’hostilité grandissante des autorités de son pays.

Depuis vingt siècles ceux qui se sont laissé brûler par le feu de Dieu ont dérangé et connu l’opposition, voire la persécution.

Il en est toujours ainsi et il ne peut pas en être autrement. La croix est là. Ecoutons bien Jésus nous dire : « Si quelqu’un veut me suivre qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».

Mais n’oublions jamais que la « transfiguration », notre propre « transfiguration » est au bout, qu’un jour nous brillerons comme des soleils, et, comme le déclare le Seigneur Lui-même dans Apocalypse 21 3 à 5 :

« Et j’entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »